Sur scène, une danseuse, un musicien. Et la convocation de ce qui fait l’essence de la créolité : sons, objets, rituels et danses. Florence Boyer et David Khatile interrogent leurs origines créoles, réunionnaise et martiniquaise. Qu’est-ce que l’on « charoy’ » quand on s’exile loin de ses terres ? Réponses artistiques

Le spectacle est sur pied depuis 2011 et navigue à travers la France. Il s’est arrêté au Festival d’Avignon et, bientôt, à Léspas Leconte de Lisle de Saint-Paul. Un spectacle de danse porté par deux artistes – la chorégraphe et danseuse Florence Boyer et le musicien, David Khatile. Que nous dit Charoy’ ? Un mot réunionnais pour parler mémoires et sonder les héritages, identifier ce qui fait notre « être créole ». « Qu’est-ce que l’on charoy ? Qu’est-ce qu’on enlève ? Qu’est-ce que l’on garde ? Qu’est-ce que l’on épure ?, se demande la chorégraphe, lorsque nous plions bagage, loin de chez nous ». Quitter La Réunion ! Quitter la Martinique ! La même chose.

Charoy’ est une création où les créolités se regardent et se répondent. Sur scène, le musicien convoque un tas d’objets chères au coeur : udu, roulèr, baguette, kayamb, conque, pilon… Et sa voix, conte, raconte, chante, puisant dans les deux registres de langues créoles. « Il s’agit moins de comprendre que d’entendre », précise Florence Boyer. De son côté, la danseuse qui mène parallèlement à sa carrière artistique un mémoire sur la danse maloya rappelle sur scène les gestes du servis kabaré et insuffle sa philosophie.

Phénoménologie du geste dansé

L’usage de la farine déjà. Elle est sur scène. Des « ti tas » qui délimitent l’espace, où la danseuse s’exprime. Toute la symbolique des servis est présente et suggère le lien qui s’établit entre les ancêtres et le monde des vivants. C’est à l’âge de 16 ans que la jeune femme découvre la danse maloya au Case du Chaudron. Pour elle qui évolue dans une famille de ségatier, avec un papa à l’accordéon, le choc est fort. Elle aime ! « Je me souviens, j’ai brandi le poing et crié : le maloya, c’est la danse de La Réunion ». Aujourd’hui, sur scène et en dehors, la danse maloya est décortiquée, « j’ai commencé une belle aventure au sein du monde maloya, dit-elle, j’ai rencontré la famille des maloyeurs, celle de gramoun Lélé, avec tout un monde, une autre façon de penser… » Peu, voir pas de chorégraphes se sont penchés sur la danse maloya. « La musique oui, on l’a étudiée, mais la danse est le parent pauvre, quand j’ai commencé à l’inclure dans une réflexion anthropologique avec un travail analytique de réflexion, j’ai plongé dans un monde fascinant. » A retrouver sur scène.

Qui est-elle ?

Florence Boyer est une danseuse chorégraphe réunionnaise. Alors qu’elle se destinait à devenir prof de sport, elle lâche tout et s’oriente dans des études d’anthropologie de la danse. On la retrouve dans les clips de Barbara Hendrix, Dee Dee Briggewater et Native, des comédies musicales ainsi que dans le film Podium. Avec sa compagnie Artmayage, elle met sur pied des spectacles originaux marqués par ses origines. C’est avec David Khatile (docteur en anthropologie et enseignant à l’université) qu’elle rencontre lors d’un séminaire d’anthropologie que naît Charoy’.

– Charoy’

7 juin à Léspas Culturel Leconte de Lisle
5 rue Eugène Dayot – Saint-Paul
Tél. : 02 62 59 39 70


Florence Merlen

Femme Mag
http://www.femmemag.re/news/quest-ce-que-lon-charoy

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